Je viens de relire "Au-dessous du volcan" de Malcolm Lowry dans lequel la femme du personnage principal est présente. Pourtant, lors de ma première lecture, il y a longtemps, elle n'apparaissait pas. Comment expliquer cette différence de version ?
Réponse
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
En effet, deux traductions françaises de ce roman de Malcolm Lowry coexistent. Une première traduction de Stephen Priel et Clarisse Francillon en 1949 (deux ans après la parution de la version originale) et une seconde, à l'occasion de la réédition de l'ouvrage, de Jacques Darras en 1987.
Le blog Article11 a publié, le mercredi 14 octobre 2009, un billet intitulé « Au-dessous du volcan », la pépite qui décortique et analyse cette œuvre. Un internaute a posté un commentaire qui suggère une piste à suivre pour comprendre ces deux versions :
« […] je trouve la traduction de Jacques Darras absolument somptueuse. Moi qui n’avais connu que celle de Clarisse Francillon [et Stephen Priel], j’ai été renversé par cette nouvelle approche. J’ai la chance de pouvoir lire l’anglais, alors j’ai fait l’effort de lire la version originale et celle de Darras en parallèle. Un enchantement. Darras rend compte des sinuosités de l’écriture de Lowry, de sa magnificence hallucinée, aussi. Et puis, par exemple, des personnages ressurgissent, que la première traduction avait aplatis : Yvonne, et le frère du consul.
Dans une interview, Darras expliquait qu’il avait pratiqué le gueuloir de Flaubert pour mettre au point sa traduction, ce qui ne m’étonne pas. Que ceux qui possèdent les deux versions lisent une ou deux pages et qu’ils nous en disent quelque chose. »
Ce à quoi un internaute répond :
« [...] il est criminel de conseiller aux lecteurs francophones la traduction de Stephen Priel, à la langue terriblement vieillotte [...], et à laquelle Clarisse Francillon a apporté beaucoup de sa propre sensibilité "impressionniste", pourtant absente du texte original. Aux futurs lecteurs : procurez-vous plutôt la traduction de Jacques Darras, "Sous le volcan". Et aux autres : relisez ce livre dans l’édition Grasset, bien plus proche de la version de l’auteur ; d’aucuns que le lyrisme ampoulé de l’édition du CFL aurait rebuté, y découvriront un texte étonnant de modernité. »
Jacques Darras apporte des explications, dans son entretien avec Pierre Mayol – Traduire Malcolm Lowry : "Under the Volcano" le roman absolu – paru en 1984 dans la revue Esprit. En voici quelques extraits :
« C'est un roman qu'on a présenté depuis très longtemps - depuis sa parution en 1947, au sortir de la guerre - comme un roman pratiquement initiatique et qui n'était accessible, de par sa complexité de forme, de par le matériau qu'il brassait, qu'à une élite, une petite minorité de lecteurs. En vérité l'intérêt de la traduction actuelle et de sa réédition, c'est précisément de faire que ce livre soit un peu débroussaillé, de façon à ce qu'il pénètre chez un plus grand nombre de lecteurs. [...] L'intérêt de la traduction nouvelle est donc de donner une vision beau coup plus transparente de ce qui jusqu'à présent a été présenté comme quel que chose d'obscur. [...]
La grande erreur de la première traduction - à laquelle il faut quand même rendre grand hommage parce que c'est la première et qu'elle a eu le courage d'affronter cette difficulté - est d'avoir choisi comme personnage principal (c'est intéressant car cela fait réfléchir sur la perception qu'ont les Français du roman traditionnel, par opposition au roman britannique ou anglo-saxon), d'avoir considéré le personnage principal comme seul vecteur du roman [...].
La seconde erreur est d'avoir confisqué ce roman au profit d'un personnage et d'avoir délibérément oublié les deux autres qui sont d'une part Yvonne, personnage admirable, attachant, d'une beauté envoûtante, et également le personnage de Hugh qui, lui, est attachant d'une autre manière dans la mesure où il est un personnage de cinéma, un héros de western. Ces trois personnages ont donc chacun leur raison d'être et surtout chacun leur point de vue. »
Il faudrait pouvoir consulter les deux versions de ce roman pour procéder à une comparaison plus précise. Vous pouvez trouver les deux versions de cette œuvre dans le catalogue des Bibliothèques municipales :
- Romans, nouvelles et poèmes de Malcom Lowry, traduit par Jacques Darras
- Au-dessous du volcan de Malcom Lowry, traduit par Stephen Spriel avec la collaboration de Clarisse Francillon
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
Les Bibliothèques municipales de la Ville de Genève
Pour www.interroge.ch